L’effet Matilda
Par Mathéo Girardin Tarby
Publié le 22/10/2025 à 13h00
Un biais historique qui efface les femmes du progrès scientifique
Dans les couloirs de la mémoire scientifique, certains noms résonnent fort. D’autres, pourtant tout aussi méritants, s’effacent. Derrière cette injustice se cache un phénomène insidieux : « l’effet Matilda ». Il désigne la tendance à minimiser, voire à nier, les contributions des femmes scientifiques, souvent au profit de leurs collègues masculins. Une mécanique silencieuse qui a façonné l’histoire… en oubliant ses pionnières.
Photographie de Matilda Joslyn Gage
Comprendre le mécanisme de l’oubli
Le terme « effet Matilda » a été forgé en 1993 par l’historienne Margaret W. Rossiter. Il rend hommage à Matilda Joslyn Gage, militante féministe du XIXe siècle, qui dénonçait déjà l’appropriation des idées féminines. Ce biais de genre, profondément ancré dans les institutions académiques, consiste à attribuer les découvertes des femmes à des hommes, ou à les reléguer au second plan.
Photographie de Lise Meitner
Des exemples qui font réfléchir
L’histoire des sciences regorge de cas emblématiques. Lise Meitner, par exemple, a joué un rôle central dans la découverte de la fission nucléaire, mais c’est Otto Hahn seul qui fut récompensé par le Nobel. Rosalind Franklin, dont les clichés de diffraction ont permis de révéler la structure de l’ADN, est longtemps restée dans l’ombre de Watson et Crick. Jocelyn Bell Burnell, co-découvreuse des pulsars, a vu son superviseur recevoir les honneurs à sa place.
« L’effet Matilda n’est pas seulement une injustice individuelle, c’est une perte collective pour la science. » Margaret W. RossiterRéparer l’histoire, inspirer l’avenir
Les conséquences sont profondes. En invisibilisant les femmes, on prive les jeunes générations de modèles inspirants. Ce manque de reconnaissance perpétue la sous-représentation féminine dans les sciences. Reconnaître ces injustices, c’est aussi réécrire une histoire plus juste et encourager une science plus inclusive.