Image de Lise Meitner dans un laboratoire en train de manipulé des flacons

Les femmes de sciences dans la littérature

Par Mathéo Girardin Tarby
Publié le 22/10/2025 à 13h00

Quand les romans redonnent voix aux pionnières oubliées de la recherche

Elles ont découvert, inventé, calculé, expérimenté… mais longtemps, elles n’ont pas été racontées. Les femmes scientifiques ont été les grandes absentes de la littérature, reléguées à des rôles secondaires ou effacées du récit. Aujourd’hui, les choses changent : la fiction s’empare enfin de leurs destins, et leur donne la place qu’elles méritent.

Couverture du livre Marie Curie encore radioactif

Livre de Marie Curie encore radioactif

Des figures longtemps marginalisées

Pendant des siècles, la littérature a mis en scène des savants, des chercheurs, des génies… presque toujours masculins. Les femmes de science, elles, étaient invisibles ou cantonnées à des rôles d’assistantes, de muses ou de curiosités. Ce silence narratif reflète un effacement plus large, celui de leur place dans l’histoire des sciences.

Couverture du livre emprunté à la BU

Couverture du Livre emprunté à la BU.

Quand les romans réparent l’histoire

Depuis quelques années, des autrices et auteurs s’attachent à faire revivre ces figures oubliées. Des romans comme Radium Girls de Kate Moore ou La femme qui décida de passer à l’heure d’été de Bérengère Cournut mettent en lumière des chercheuses, des laborantines, des pionnières. La fiction devient alors un outil de justice mémorielle, en redonnant chair et voix à celles que les manuels ont négligées.

« Raconter les femmes scientifiques, c’est aussi élargir notre imaginaire du savoir. »
Violaine Beyron-Whittaker

Une source d’inspiration pour les générations futures

Ces récits ne sont pas seulement des réparations historiques. Ils sont aussi des tremplins pour l’avenir. En montrant des femmes passionnées de science, la littérature offre aux jeunes lectrices — et lecteurs — des modèles puissants, capables de susciter des vocations. Elle participe à une reconfiguration du paysage intellectuel, où le génie n’a plus de genre.

Extrait du livre de Gérard Chazal, Les femmes et la science

« Nous pensons, qu’en ces quelques pages nous avons suffisament montré que cette opinion, [que les génies ne peuvent être que masculins] n’était fondé que sur l’ignorance et constituait un bien sinistre préjugé. [...] Si nous avons ainsi contribué à faire tomber un préjugé, nous nous en félicitons. »
Gérard Chazal

Découvrons une frise chronologique d’autres Matilda

Portrait de Nettie Stevens

Nettie Stevens (1861–1912)

Elle a démontré que le sexe est déterminé par les chromosomes, mais son collègue Thomas Hunt Morgan a été plus reconnu pour des travaux similaires.

Portrait de Mileva Marić

Mileva Marić (1875–1948)

Première épouse d'Albert Einstein, elle aurait contribué aux travaux sur la relativité, mais son rôle reste controversé et largement ignoré.

Portrait de Lise Meitner

Lise Meitner (1878–1968)

Co-découvreuse de la fission nucléaire, son collègue Otto Hahn a reçu seul le prix Nobel de chimie en 1944.

Portrait de Rosalind Franklin

Rosalind Franklin (1920–1958)

Pionnière dans l’imagerie par diffraction des rayons X, ses travaux ont été cruciaux pour la découverte de la double hélice de l’ADN, mais le crédit est allé à Watson, Crick et Wilkins.

Portrait d'Esther Lederberg

Esther Lederberg (1922–2006)

Elle a découvert le phage lambda et développé des techniques de réplication bactérienne, mais son mari Joshua Lederberg a reçu seul le Nobel.

Portrait de Marthe Gautier

Marthe Gautier (1925–2022)

Elle a identifié le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21, mais son collègue Jérôme Lejeune a été seul crédité.

Portrait de Jocelyn Bell Burnell

Jocelyn Bell Burnell (1943– )

Étudiante en doctorat, elle a découvert les premiers pulsars en 1967. Son directeur de thèse a reçu le prix Nobel, elle a été ignorée.